Les dossiers de l'Aqueduc N°1
HISTOIRE  DU  CANAL  DE  LA  BOURNE 
ET  DE  LA  CONSTRUCTION  DE  L’AQUEDUC
UN TRES ANCIEN PROJET
De tout temps, la mise en valeur agricole des plaines, depuis le Royans jusqu’à Valence et au-delà, a nécessité l’utilisation de grandes quantités d’eau.

Dés le XVII° siècle, la famille des seigneurs de Pizançon qui possède d’immenses champs, prairies, pâturages ainsi que des moulins, a déjà réalisé de nombreux ouvrages : canaux, chéneaux, baumes (conduites souterraines).

Au milieu du XVIII° siècle, les intendants du Dauphiné de la Porte et Pajot de Maréchal s’intéressent à un projet d’envergure : la mise en valeur agricole de la plaine de Valence par le captage des eaux de la Bourne.
Plus d’un siècle de réflexions, d’amorces d’études, de tentatives sera nécessaire pour regrouper les propriétaires fonciers intéressés, avant d’en voir un début de réalisation !

XIXème SIECLE, DE LA REFLEXION A LA REALISATION
Le Premier Empire
voit aboutir les premières réflexions sérieuses : une lettre du Ministre de l’Intérieur du 12 novembre 1810 destinée au Préfet de la Drôme, avance déjà l’idée d’un grand canal alimenté par les eaux de l’Isère et la Lyonne.
L’année suivante, Guyton, élève de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, mène des enquêtes de terrain. L’ingénieur du département Lesage en conclut, au cours de l’été 1811, deux impératifs techniques :
- Etablir la prise d’eau du canal principal non pas, comme cela avait été envisagé, au niveau du détroit naturel sous le pont même du village de Saint-Nazaire, mais bien plus en amont, juste en dessous de Pont-en-Royans.
- Envisager la construction d’un pont aqueduc d’au moins 200 mètres de long et plusieurs dizaines de mètres de haut pour franchir la Bourne au niveau même du bourg de Saint-Nazaire-en-Royans.

Le Directeur Général des Ponts et Chaussées estime, dans son rapport du 10 février 1812, que ces options techniques sont beaucoup trop coûteuses (4 millions de francs), du fait notamment de l’aqueduc : le projet est mis en sommeil pour de longues années.
Car, outre le contexte politique de l’époque (chute du Premier Empire), on ne connaît pas encore l’étendue et la qualité exacte des terrains à mettre en valeur dans la plaine de Valence. La réponse sera connue à l’achèvement de l’inventaire cadastral qui commence à peine dans le périmètre concerné.

En 1828 : Un projet en Isère !
Du côté du département voisin de l’Isère, un projet d’irrigation, toujours par les eaux de la Bourne, des territoires d’Auberives, Saint-Just-de-Claix et Saint-Romans voit le jour. Le Préfet de l’Isère répond au Sous-Préfet de Saint-Marcellin qu’il est nécessaire que les propriétaires riverains se regroupent en syndicat. Mais rien ne se fait…

Les années 1840 :
1839 :
Le Conseil Général de la Drôme relance le projet. Mais il faut d’abord  4 ou 5 ans pour retrouver les études réalisées au début du siècle !


Août 1846 : l’avant-projet  reprend les grandes options de 1811 avec franchissement de la Bourne en aval de Saint-Nazaire par un aqueduc à double niveau d’arches:

Une option « pont suspendu » avec piles en pierres et conduit à coffrage bois pour l’eau est rapidement abandonné.

Le coût initial est estimé à 4 millions de francs.

Techniquement, il est prévu que la pierre, au lieu de venir de Crussol, en Ardèche, sera extraite à Saint-Nazaire même, et que les aqueducs prévus en amont, seront remplacés par des tunnels.

Les années 1850 : Elles connaissent une forte mobilisation locale pour trouver les financements.

Une commission est chargée de recueillir l’adhésion des propriétaires intéressés par le canal.

Août 1860 : Napoléon III reçoit un document : « Notice sur le projet de dérivation des eaux de la Bourne pour l’arrosage des plaines à l’est de Valence ».
Les grandes options techniques sont précisées : souterrains en amont, pont aqueduc sur 259 mètres avec passage de la Bourne sous une seule arche de 19 mètres, deux souterrains en aval de Saint-Nazaire de 48 et 293 mètres.
Le Syndicat provisoire du Canal de la Bourne est créé, les intéressés se réunissent en Société, les registres d’adhésions sont ouverts.



Les années 1860 - 1870:
Malgré la mobilisation, il faut une douzaine d’années pour que les choses avancent :
Les montages juridiques et financiers entre partenaires publics et privés remettent le dossier en cause.
Des modifications sont envisagées quant au financement (candidature très controversée de la Société concessionnaire du canal du Verdon) et au tracé :
- déplacement du barrage de la prise d’eau au-dessus de Pont-en-Royans
- allongement discutable des canaux pour augmenter la surface irriguée
- remplacement de l’aqueduc par un siphon pour irriguer Saint-Just et Saint-Romans.

Les enquêtes sans résultats et les comités locaux sans autorité ont fini par surexciter les populations  qui poussent les élus locaux à trouver une solution rapide et efficace :
17 juillet 1872 : l’enquête d’utilité publique est lancée par le Ministre des Travaux Publics.
7 mai 1873 : la convention entre l’Etat et le Département de la Drôme est signée.

 La Déclaration d’utilité publique est publiée au Journal Officiel, fixant la subvention  de l’Etat  à 3 millions de francs.
La construction peut enfin débuter !


UN VASTE CHANTIER

Les travaux de creusement sont menés sans retard. L’idée de l’aqueduc est assez bien acceptée par la population nazairoise.
Le projet d’ensemble, lui, est choisi, avec neuf autres grands chantiers, pour représenter le Ministère des Travaux Publics lors de l’Exposition Universelle de 1878 à Paris. Ce qui, un an avant l’inauguration du canal, renforce l’attrait touristique de Saint-Nazaire, déjà vanté pour le pittoresque de son site.
La construction et son exploitation sont confiées à la Société du Canal de la Bourne. Une convention est signée avec l’Etat (loi du 21 mai 1874).
Les travaux sont réalisés par  la société Watel et Ferry pour un coût de 4 millions auxquels s’ajoutent 2 millions pour les canaux secondaires, 200 000 francs pour la dérivation de la Lyonne et 800 000 francs de frais généraux.

Les 7 millions sont apportés :
- pour 2 millions par le capital de la Société (4000 actions de 500 francs),
- pour 3 autres par subvention de l’Etat
- pour les 2 restants par capitalisation de la souscription escomptée des usagers (dans les faits, il faudra avoir recours à l’emprunt pour plusieurs millions…)

La construction:

Printemps 1876 :
le terrain est découpé en sections où travaillent 600 ouvriers.
48 km de canal principal et 70 km de secondaires sont à creuser: il faut acheminer 7 m3 par seconde pour irriguer au moins 7000ha de terrain dans la plaine de Valence.
Automne 1876 : sont réalisés : les ¾ des tunnels (2,5 km), 20 ouvrages ordinaires sur les 65, ainsi que le pont aqueduc de Tarze et 4 arches de l’aqueduc de Saint-Nazaire (sur 17).
A Saint-Nazaire, on réoriente des ruelles et chemins sous l’ouvrage. Les réclamations pour dépréciation des biens et insalubrité due au canal ne sont pas suivies :le jugement d’expropriation pour cause d’utilité publique est rendu en juillet 1876.

L’aqueduc est achevé en 1878. Mais les travaux du canal durent jusqu’en 1882.



LA REUSSITE SE FAIT ATTENDRE…

La grande sécheresse de 1885 met la Société du Canal en grande difficulté :  pour résoudre la pénurie d’eau, on envisage de nouvelles dérivations de la Lyonne ou du Cholet et même d’accroître la prise d’eau sur la Bourne, au risque de perturber le fonctionnement des usines installées sur ses berges. Mais le coût -800 000 francs- est trop élevé.

Des critiques s’élevèrent contre les vidanges du barrage en été, les détritus accumulés dans le lac formé par le barrage pourraient causer des fléaux épidémiques… (Référence à l’épidémie de choléra qui sévit à Toulon en 1884).
Enfin, la mobilisation des agriculteurs de la plaine de Valence est un échec : leur adhésion et les souscriptions se font attendre.
La Société tente de créer des prairies modèles (1890). La situation stagne jusqu’après la Première Guerre Mondiale où un début de solution est trouvé avec la mise en place d’une association syndicale.

…SAUF A SAINT-NAZAIRE !

L’aqueduc trouve un accueil très favorable auprès des « excursionnistes ».
Journaux et dépliants vantent les qualités esthétiques et architecturales d’un monument qui renforce l’identité du site nazairois déjà connu au XVII ème siècle :
 «..un village où les eaux, les rochers, la verdure semblent avoir été distribués pour enchanter les regards des voyageurs ».

 

PONT-CANAL DE SAINT-NAZAIRE:

(Extraits du Catalogue de l’Exposition Universelle de 1878)

 235 mètres de longueur…

...Construit sur un point où le lit de la Bourne présente un étranglement brusque connu sous le nom de « goulet de Saint-Nazaire »…

Le pont-canal se compose, en partant de l’amont de :

1° - cinq petites arches de 10 mètres ;

2° - une arche de 15 mètres, dont l’extrados est à 35 mètres au-dessus de l’étiage de la rivière ;

3° - huit arches de 12 mètres ;

4° - une arche de 15 mètres pour franchir la route départementale n°7 qui traverse Saint-Nazaire ;

5° - deux arches de 10 mètres.

Toutes les voûtes sont en plein cintre, leurs clefs sont à la même  hauteur…

Les piles ont, aux naissances, des épaisseurs qui varient de 1,60 à 3 mètres suivant leur hauteur…

Les maçonneries sont entièrement faites en moellons calcaires.. et en mortier de chaux hydraulique de Cruas (Ardèche)…

VRAI OU FAUX ? :
1-       Napoléon 1er s’est intéressé au projet du canal.
2-       Napoléon III  a signé la convention sur la construction et l’exploitation.
3-       L’aqueduc est en pierre de taille de l’Ardèche.
4-       Les travaux du canal ont duré 6 ans.
5-       Le projet du canal a été présenté à l’Exposition Universelle de Paris de 1896.
6-       Aqueduc est synonyme de viaduc.
7-       Le canal irrigue la plaine jusqu’à Valence et Chabeuil.
8-       L’Isère est un affluent de la Bourne.



Réponses :
1-       Vrai : lettre du Ministre de l’Intérieur du 12-11-1810
2-       Faux : il a abdiqué en 1870.
3-       Faux : la pierre est extraite sur place, à St-Nazaire.
4-       Vrai : de 1876 à 1882.
5-       Faux : en 1878.
6-       Faux : aqueduc= pont canal,  viaduc= pont pour voie de communication.
7-       Vrai
8-       Faux : c’est l’inverse.